Il y a maintenant plus de deux décennies que je rédigeai un petit article commençant par "Hé, les mecs!... Un club théâtre se crée à l'OEB...".
Jamais alors je n'aurais cru lancer un navire qui a tenu le flot jusqu'à ce jour, pas plus que je n'aurais imaginé traverser autant de péripéties avec ce qui se voulait être une simple activité de loisirs.
À peine nés, nous étions censurés. L'accroche de l’article avait été jugée en haut lieu "dégradante pour l'image culturelle de l'Office". Dans le désarroi général, c'est Joël Klos, toujours à l'affût d'un bon calembour, qui trouva la solution. Il proposa de baptiser la troupe qui n'avait pas encore de nom "ÉLEctricité-MÉcanique-Chimie", selon les trois grands métiers de notre employeur, l'Office Européen des Brevets. En abrégé cela donnait ÉLÉMEC, clin d'œil malicieux à la phrase sacrilège sans effet dégradant pour l'image en question.

La structure de club, par opposition à la structure de troupe fermée, a permis un constant renouvellement des forces vives du groupe. Plus de 100 membres originaires de 22 pays différents y ont participé, et pour beaucoup ce fut leur première expérience théâtrale. En 1992 je proposai d'utiliser les magnifiques arcades de l'Institut français pour planter le décor de Palace. Mais la vétusté de l'installation électrique fit hésiter son directeur. Qu'à cela ne tienne, Étienne Gillig inspecta le réseau, rééquilibra les phases, bricola un branchement pour notre pupitre d'éclairage. Depuis, grâce à lui, les plombs ne sautent plus à l'Institut et d'autres troupes profitent de ses prises. La pièce, qui ouvrit une collaboration d'une dizaine d'années avec cette administration, fut un succès. Le directeur de l'Institut y joua avec beaucoup d'humour le rôle du directeur du Palace et Salomé Kammer y fit une apparition lumineuse.
Petra-Maria Grühn, qui organisait en 2003 un festival de théâtre francophone, nous a ouvert les portes de son Teamtheater. Elle a depuis lors renouvelé son invitation chaque année, ce dont nous lui sommes grandement reconnaissants.

Notre devise étant de jouer des auteurs contemporains, certains d'entre eux nous ont fait l'amitié de nous rendre visite.
Éric-Emmanuel Schmitt est venu assister à la création, à l'étranger, de l'Hôtel des Deux Mondes, pour laquelle la Süddeutsche Zeitung se fendit d'un éloge intitulé "Erfolg mit Folie";
Gérard Lauzier, qui avait oublié le texte de son Amuse-gueule, nous a avoué "se cacher pour rire de ses propres conneries";
Primo Basso, le Nancéien, était très impatient de voir la première mise en scène au sein du public de son Roi des Morts;
Claire Barré et Delphine Guillonneau, après avoir vu notre version de Meurtres à Soleil Vert, ont déclaré "ne plus pouvoir jouer leur pièce comme avant";
Didier Schwartz, par l'originalité de son approche d'un sujet difficile - l'Occupation -, a déclenché un engouement médiatique inattendu. Grâce à Rutabaga Swing, il a répondu à sa première interview dans un journal allemand, et nous avons eu le plus grand nombre d'articles de presse jamais atteint par la troupe.

En 25 ans nous avons été les témoins de notre temps par le choix de notre répertoire. Je me réjouis de l’engouement que nous avons contribué à susciter, vu le nombre de troupes théâtrales qui se sont formées et l’intérêt toujours croissant du public, de Munich et d’ailleurs, pour le théâtre francophone.


Bernard Louvion (Metteur en scène et créateur de la troupe)